Je voudrais vous convaincre, avec des mots à la fois humbles et lumineux, de la merveilleuse vérité artistique qui vit dans l’expression guignolesque de tout temps. Mais de la même façon que l’on ne peut faire ripaille en une minute, je vais me limiter à suggérer l’épiderme de ce que Guignol fait depuis deux siècles.

Chez Guignol avoir été c’est la condition d’être

A l’origine, la commedia dell’arte et les personnages des farces napolitaines et Monsieur Polichinelle, le bossu magnifique montreur sans secrets et Guillaume Loison, premier guignoliste parisien à monter sur l’échafaud et Laurent Mourguet, le Lyonnais universel et les Guentleur, casteliers sur les Champs-Elysées et tant d’autres qui de par le monde servirent et firent de Guignol le personnage unique qui réinvente à chaque temps les principes du théâtre populaire. La popularité de Guignol est dans les faits, les liens entretenus avec le public : on va chez Guignol et Guignol vient chez nous. La participation active du public, et plus particulièrement celle des enfants, est chez Guignol son plus grand éclairage et chez les petits, l’étonnement par le jeu la clef de la connaissance. C’est le rire des enfants, son public inconditionnel qui fait battre le sang des Guignols, qui par ce jeu de partage se réalisent et grandissent. Ces farces sont dans la lignée des premiers burlesques qui, réduits à l’essentiel, donnent au théâtre sa fonction de tremplin à rêves où tout devient possible.